Présentation

Ecrire de la musique sans pour autant avoir suivi un parcours musical habituel : c’est le défi que relève l’Atelier d’Ecriture Musicale, alias « ADEM ». Né en 1999 à l’UCL sous l’impulsion de Pierre Bartholomée (Cfr. Thierry Desmedt, « Compagnon d’écriture », in Pierre Bartholomée : Parcours d’un musicien, Mardaga, 2008, pp. 149-158) et repris en 2005 par Peter Swinnen, cet atelier a eu pour cheval de bataille le fait qu’une idée extra-musicale pouvait être le point de départ pour – entre autre – apprendre à composer. En effet, pendant près de 10 ans, étudiants, chercheurs, musiciens amateurs ou professionnels se sont retrouvés pour des séances collectives de réflexion dans la bonne humeur sur la traduction musicale (l’écriture d’une partition) d’idées ou de concepts qu’ils utilisaient dans un contexte non-artistique. Preuve de la possibilité d’une telle démarche : chaque cycle de l’ADEM s’est terminé par la création publique des pièces musicales des participants. Or, de 2008 à 2010, un silence s’est imposé suite à la volonté des organisateurs de prendre un moment de repos par rapport à cette riche expérience. Mais le cycle 2010-2011 relance les activités de l’ADEM !

ADEM cycle 2010-2011 : « métaphores et morphologies »

Dans le cadre de cette reprise de l’Atelier d’Ecriture Musicale, nous proposons d’exposer les phénomènes qu’implique la création musicale à travers les notions de « métaphores » et de « morphologies ». La première consiste en l’utilisation d’un paradigme étranger à la musique motivant un projet ou justifiant une forme, un matériau, un discours. La seconde est une entité musicale coiffant le paramétrage du son et motivée par une vie au sein de ce paramétrage. C’est en quelque sorte l’idée, la vue globale, d’un matériau. En tant que micro-forme, la notion de morphologie rejoint les notions de modèles, de gestes d’écriture, de gestes instrumentaux et de figures, sans pour autant s’y assimiler. Avant d’entrer dans un développement plus profond, signalons simplement que la liaison de ces deux concepts va nous permettre d’esquisser la pédagogie suivante : la notion de métaphore donnera à la fois une légitimation et une délimitation à un projet tandis que la notion de morphologie, grâce au déploiement à travers le geste instrumental de la matière sonore, permettra de rester dans le concret de l’exécution, sans a priori de langage, et, mettra en confrontation le projet face à sa réalisation, travail essentiel dans la composition.

L’atelier réunit les compositeurs participants une fois par mois pour un travail sous forme de "table ronde". Chacun y présentera l’évolution de son projet, nos remarques et commentaires ponctuant ces expositions. A la fin de chaque séance, nous proposons une série d’exercices :
- Phase 1. Définition du projet. Légitimation par une métaphore adéquate.
- Phase 2. Définition du matériau. Etudes morphologiques autour de celui-ci.
- Phase 3. Confrontations. Révélation de la cohérence du projet. La morphologie dévoile-t-elle avec justesse la métaphore ?
- Phase 4. Réalisation technique de l’œuvre.

Afin d’appuyer concrètement notre pédagogie, nous proposons également une rencontre avec les interprètes à plusieurs moments de la conception de l’œuvre :
- Présentation des possibilités (et impossibilités) instrumentales.
- Essais des études morphologiques.
- Essais des brouillons du projet.
- Représentation des projets finalisés. Sachant qu’il y a un mouvement dialectique propre à tout artisanat entre ces quatre phases.

Enfin, nous ponctuerons l’ensemble par des séances spéciales où les compositeurs Francis Courtot et Claude Ledoux, spécialistes des ces questions, pourront nous parler de leurs points de vue et leurs expériences.

Geoffrey François

Afin de situer quelques peu l’historique de l’ADEM :

L’origine : Pierre Bartholomée

Comme beaucoup le savent, l’UCL a accueilli pendant trois ans, de 1999 à 2003 Pierre Bartholomée en tant que premier artiste en résidence. Pierre Bartholomée, chef d’orchestre et compositeur belge, était chargé de composer un certain nombre d’œuvres pour l’université. Ludus Sapientiae a par exemple été créée dans le cadre du 575è anniversaire de l’Université. Pierre Bartholomée, désireux de ne pas limiter sa mission à l’université à son propre travail de créateur, a proposé d’animer un atelier d’écriture musicale à destination des étudiants et des membres du personnel universitaire. C’est ainsi que furent organisées trois éditions successives de cet atelier dans la joie de la découverte, la bonne humeur et le travail. Ces séances se déroulaient en parallèle avec les séminaires Grumiaux organisés par l’unité de musicologie de l’UCL (http://www.musi.ucl.ac.be/sem_Grumiaux/index.html). Les participants venaient de tous horizons, une connaissance musicale préalable n’étant pas un pré-requis. Une idée force de cet atelier était d’une part que les participants pouvaient trouver une source d’inspiration pour l’écriture musicale dans leur discipline d’origine, et qu’en échange l’écriture et la pensée musicale pourraient (modestement) être amenés à prendre des formes nouvelles et innovantes. Il s’agit alors d’un échange bilatéral, l’écriture musicale amenant un regard nouveau sur la discipline de départ et sur la démarche universitaire en général. Depuis longtemps maintenant, la résidence de Pierre Bartholomée en notre université a touché à sa fin et l’absence de subside n’a pas permis de maintenir l’atelier dans le cursus universitaire, sous la supervision d’un nouveau titulaire. Cependant, malgré la disparition du poste et du cours, cela n’a pas signifié la disparition de l’atelier. Certains participants des précédentes éditions désirant perpétuer l’expérience que fut pour eux cet atelier ont décidé d’organiser par eux-mêmes les éditions successives, l’atelier et ses pratiques leur appartenant petit à petit grâce à l’héritage des années de lancement et grâce aussi à la continuation de l’engagement de Pierre Bartholomée auprès de l’atelier, aujourd’hui encore, en l’encourageant, le supervisant de plus loin, mais toujours attentivement. Même si ces difficultés n’ont pas empêché l’atelier de poursuivre son chemin, grâce à l’aide de quelques compositeurs qui sont intervenus ponctuellement pour commenter les travaux et conseiller de nouvelles pistes aux participants (Pierre Bartholomée en particulier continua d’observer la finalisation des travaux et la préparation de l’exécution publique), même si les deux années suivant la fin de la résidence donnèrent lieu à des concerts de clôture, le fait que ces deux années se soient déroulées sans la supervision d’un compositeur sur l’ensemble de l’année s’est faite sentir sur le souffle nécessaire à alimenter la dynamique insolite entre création musicale et réflexion universitaire.

Les sessions avec Peter Swinnen

Depuis le cycle 2005-2006, l’atelier prend une nouvelle direction, un nouveau départ par rapport à ces deux dernières années dans la mesure où un compositeur extérieur, Peter Swinnen, professeur au conservatoire Flamand de Bruxelles, collaborateur du centre de documentation MATRIX de la KUL et membre de plusieurs collectifs très actifs sur la scène musicale belge et internationale, supervise à nouveau un cycle complet de l’atelier. Il s’agit aussi de réaffirmer une des caractéristiques de l’atelier qui est celle de jeter des ponts entre le monde universitaire et le monde musical, en attendant de l’un comme de l’autre, de l’un par l’autre, une redécouverte et une reformulation des principes et des techniques acquises, un renouveau éventuel d’une pensée et de sa mise en œuvre, fut-elle scientifique ou musicale. Pour ancrer l’atelier dans une réflexion concrète, touchant à tous les domaines possibles des sciences naturelles et humaines, et permettant des ponts dans le domaine de la création musicale, ces nouvelles éditions sont centrées autour de thématique. En 2005-2006 ce fut : « Imitation – Duplication – Réplication ». Tandis que celle de 2006-2007 a été : « Rencontre – Dialogue – Interaction ». Et celle de l’édition 2007-2008 fut : « Métamorphose - Modulation - Transformation » Chaque participant est amené à réfléchir, à creuser la thématique à partir du point de vue de sa discipline universitaire. Cette réflexion se déroule durant le premier quadrimestre. Lors d’un week-end complet (8-9 décembre pour l’édition 2007-2008), chaque participant présente durant la première journée le fruit de ses cogitations sur le sujet de son point de vue « scientifique ». Peter Swinnen présente également sa réflexion sur cette thématique, de son point de vue de compositeur. A ce moment là, chaque participant aura répondu à la question de savoir ce que signifie, ce que recouvre la thématique dans le cadre de sa discipline. Le dimanche est alors consacré à penser les implications que cette réponse peut avoir pour l’écriture musicale. Avant ce week-end, trois séances sont organisées. Lors de ces séances, on discute de l’avancement des recherches de chacun. Mais on y effectue également un certain type d’introduction à la composition. Le deuxième quadrimestre est le moment de concrétiser les implications de la réflexion du premier quadrimestre dans un travail d’écriture musicale. Les séances sont consacrées à l’avancement de projet et les différents enseignements « techniques » sont cette fois véritablement centré sur l’objectif de donner aux participants les outils pour mener à bien la réalisation de leur projet personnel. À chaque fin de cycle, un con-cert-férence venait couronner l’année.


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